Si puissant, Si fragile

 

Sophie Delassein Journaliste

Muséart – L´Oeil

 De l´épaisse couche picturale qui recouvre entièrement la surface d´une toile ou d´un panneau de bois, surgissent les formes. Mi figuratives mi abstraites, elles dessinent les contours d´un monde peuplé de figures étranges. Cet univers onirique et si poétique est né de l´imaginaire de Matt Lamb, peintre autodidacte, américain d´origine et irlandais d´adoption. De prime abord, ces oeuvres peuvent faire référence à Atlan pour ses aplats de couleurs chaudes cerclés d´un trait noir façon vitrail. A Chagall quand les figures aux tons pastels semblent prendre leur envol. A Maurice Denis enfin – Nabis et Symboliste – qui a peint quelques personnages longilignes et lumineux.

Mais, quand le regard s´attarde, pour se perdre et s´imprégner tout entier de cet art singulier, il oublie tout ce qu´il sait, toutes ses références; il perd ses repères pour goutter au plaisir simple et spontané d´une œuvre dont il ne connaît pas les secrets. Alors il apparaît que Matt Lamb est libre. Il est sensible et spontané. Il est brut c´est évident, comme l´étaient Dubuffet et Chaissac. Brut comme un enfant ou un fou, à la manière d´un homme puissant et pudique qui s´ouvre pour se confier tout simplement. Outre cette force, celle de l´artiste que l´on devine, le divin – qui pourrait se traduire par l´ineffable – prend possession de l´ouvre. Et la lumière, celle qui échappe au pinceau du peintre pour intervenir si nécessaire, éclaire ces quelques rêves en couleurs. Des moments aussi rares que fragiles, des instants que l´on oublie au réveil. Matt Lamb les capture pour les noter, leur donner un sens et les rendre au réel.